Le Dimanche 23 Mars 2003
Concert de piano par Andreas Henkel.
Eglise Saint-Merry. 78, rue Saint Martin, Paris 4ème.

Au Programme:

                          Johann Sebastian Bach:           Fantaisie et Fugue en la mineur BWV 904
                                                                                  Fantaisie Chromatique et Fugue en ré mineur BWV 903.
                          Ludwig Van Beethoven:            Sonate n° 21 en ut Majeur: "Waldstein"
                          Franz Liszt:                                   La Campanella (Grande Etude de Paganini n° 3)
                                                                                  Après une lecture de Dante, Fantaisie quasi Sonata


Andreas Henkel a débuté son interprétation du Prélude et Fugue en la mineur de Johann Sebastian Bach, BWV 904, par un habile maniement du piano subito dans le but de réserver des surprises. Pour ce faire, techniquement, il recourt à la pédale pour faire ces piano. Il respecte de près la polyphonie. Dans la fugue, la clarté dans les prolations est respectée de même. Il continue à proposer des piano subito, à la manière de surprises, notamment dans la partie à deux voix. Ici, la voix médiane continue les prolations, même chromatiquement. Sur ce point, l'interprétation d'Andreas Henkel, très moderniste si l'on peut s'exprimer ainsi, diffère de celle proposée par les "baroqueux", dans la mesure où il serait plutôt rare d'entendre de tels effets sur des instruments dits anciens.
La Fantaisie chromatique et la Fugue en ré mineur de Bach, BWV 903, s'ouvre sur un certain étalage de virtuosité et de vitesse, qui contraste par rapport aux habitudes plutôt rhétoriques de ce compositeur. Dans ce cas-ci, il s'agit d'un début très monodique. Néanmoins, la sobriété prend ensuite le relais, et les arpèges permettent enfin d'établir une expressivité laissant place à la rhétorique plus caractéristique. Andreas Henkel n'a pas hésité ici à laisser respirer la musique. Des accords intriqués empêchent les gammes rapides d'alterer cette atmosphère. Quant à elle, la fugue elle-même débute chromatiquement, mais elle est également très polyphonique. Ces polyphonies sont jouées en nuance piano. Enfin, les cellules mélodico-rythmiques ont toujours été claires à percevoir.
Au début du premier mouvement de la sonate "Waldstein", au demeurant très rapide, Andreas Henkel a remarquablement réussi à effectuer une nette séparation entre les registres basse et aigu. Ce mouvement se clôt par une partie virtuose et rapide. Bien au contraire, le second mouvement commence tranquillement. Un thème obstiné, avec un rythme pointé, est clairement énoncé. Ce rythme agit comme un moteur de ce mouvement. Ici, Beethoven se sert de peu de moyens harmoniques. On a pu apprécier la bonne technique de l'exécutant, notamment dans la suite, où un sentiment d'agitation vient se substituer à l'atmosphère précédente. La main gauche effectue de nombreux arpèges. En fait, le thème principal de ce mouvement se repète plusieurs fois alternativement en mode majeur et mineur. A la fin, une coda, toujours fondée sur ce thème, a permis à Andreas Henkel de faire encore une fois étalage de sa technique.
Comme on le sait, Liszt a toujours été inspiré par ses souvenirs de Paganini. "La Campanella" est une imaginative transcription du second concerto du violoniste génois. A l'image des clochettes dont s'inspire Paganini, "La Campanella" est écrit presqu'entièrement au registre aigu. On aura apprecié tout particulièrement certains moments, par exemple, lors des trilles sur la réitération du thème, ou les octaves jouées tantôt lié tantôt detaché.
La lecture de Liszt de Dante suscite chez Liszt à l'évidence une angoisse terrible. Toutefois, Liszt éprouve parfois des épisodes de détente, où le for intérieur du compositeur, d'essence poétique, l'emporte. L'intervalle du triton (appellé au Moyen Age le Diable en musique) entretient une atmosphère hallucinante, grâce aussi au rythme pointé, qui perdure pendant pratiquement jusqu'à la fin. Henkel a su le rendre constamment reconnaissable, même en dépit des sinuosités et diverses variations qui s'ensuivent. C'est une atmosphère tourmentée, telle qu'on pouvait s'y attendre, que peint Liszt. Quelques plages tranquilles s'intercalent, où l'exécutant a réussi à obtenir des sonorités très crystallines. La reprise du second thème au registre aigu, rappellant des goutellettes de pluie, est interrompu par des reminiscences du thème inital. L'agitation qui domine le morceau pose d'énormes problèmes techniques, dont Andreas Henkel s'en est tiré avec succès.

Miguel Pineda-Van Gelder

PUBLISHED ON http://www.guideparis.com/concerts.html