Traduction de l'article de May Menassa
paru dans An Nahar le 8 novembre 2004


Peut- on imaginer qu'un tel joyau musical ait été créé par le génie de Beethoven alors que les canons et les obus explosaient au loin, lors de la guerre qui opposait l'Autriche à la France? Le maestro Harout Fazlian a merveilleusement dirigé l'orchestre national symphonique avec le pianiste Andreas Henkel, qui vient du pays du compositeur. Lors du concert à l'Eglise St. Joseph des Pères Jésuites, Beethoven a dominé la soirée, tout d'abord avec "Egmont" d'après Goethe, puis il y eut Mozart et Beethoven, ces deux compositeurs de la même période musicale. Le programme se terminera avec la 40e symphonie de Mozart. L'écoute seule n'est pas suffisante, il est essentiel de se concentrer sur la complexité de Beethoven et de Mozart. La musique ne doit perdre nu de sa souplesse, ni de sa poésie, et c'est toujours le cas lorsque l'orchestre national se produit dans son temple et invite un soliste virtuose. En interprétant le concerto, Andreas Henkel n'était plus un invité, il faisait partie de la grande famille de l'Orchestre. Au menu « Egmond » en début de programme, comme une chanson, et la 40e symphonie de Mozart, avec ses 4 mouvements, comme si chaque mouvement était indépendant de l'autre, enfin le 5e concerto dit de l'Empereur, composé à la même époque que la 3e symphonie dite « Heroique », comme s'ils découlaient de la même inspiration. Avec l'orchestre symphonique et Andreas Henkel, on a écouté une musique merveilleuse par son étoffe mélodique et la synchronisation rythmée. La guerre qui retentissait au-dessus de la tête de Beethoven ne lui a pas fait composer des pièces révolutionnaires, ni agressives, ce concerto est imprégné de lyrisme. Le piano a révélé toute la poésie de l' « allegro », une création qui nous rappelle Mozart tel qu'on le voit dans nos rêves. En écoutant l'écriture ensoleillée des œuvres de Beethoven, on est captivé par le flot pur du dialogue. Cette union entre le soliste et l'orchestre est extraordinairement mise en relief dans ce 5e concerto. La 40e symphonie de Mozart inspirée par l'époque baroque et transposée vers notre époque grâce aux instruments sélectionnés, a été enrichie par Toscanini et Richard Strauss avec une précision rythmée. Ce premier mouvement a souvent été banalisé par des chansons populaires arabes. L'Orchestre a su rendre toute sa valeur symphonique.